YVES SAINT LAURENT N’EST PAS MORT

Ça y est, les cendres d’Yves Saint Laurent ont été dispersées dans sa villa de Marrakech. La fashion planet est en deuil, et les hommages au “Petit Prince de la mode” pullulent. Chacun, à sa façon, a pleuré le grand maître. Chacun a une histoire à raconter sur celui qui a révolutionné l’image de la femme - d’ailleurs, j’aime beaucoup celle-ci et celle-ci. Pourtant, j’ai choisi, moi qui ai commencé dans la mode au moment même où Yves Saint Laurent la quittait, de regarder vers l’avenir. Je lui est déjà rendu hommage ici, il est temps de passer à autre chose.

 

© Fondation Pierre Bergé 

 

Bien entendu, j’adore toutes ses créations, et je les préfère même de loin à celles de Chanel. Oui oui, bien sûr j’admire aussi le travail fantastique de Coco Chanel… mais disons que Chanel et YSL, c’est un peu les Beatles et les Rolling Stones de la mode. À l’un, la constance indémodable, l’harmonie, les accords fluides ; à l’autre, la provocation, l’instabilité, la subversion créative. Car, comme le dit lui-même Yves Saint Laurent, “Je raconte presque toujours la même histoire… J’aime par-dessus tout la rigueur, la simplicité et la beauté du classique. Mais ma fantaisie, mes dons imaginatifs très prononcés me font aller quelques fois vers le baroque, l’étrangeté…”.

Je suis de la “génération Pilati” et en somme, ce qui m’intéresse c’est l’après : la mode Yves Saint Laurent, aujourd’hui, c’est quoi ? C’est qui ? Est-ce encore Monsieur Yves Saint Laurent ? La marque s’est-elle éloignée de son style d’origine ? Comment ont été exploités les fondamentaux ?

Je dois dire que j’adore Stefano Pilati ; c’est grâce à lui que je me suis initiée au style Yves Saint Laurent. Après le désastre Tom Ford - dont même Pierre Bergé dit qu’“il n’a aucun talent” -, Pilati a su redresser la barre et retrouver les fondamentaux de la marque tout en les rendant plus modernes. Voilà, l’élégance YSL aujourd’hui c’est de porter son pantalon de tailleur, à la taille haute reconnaissable entre toutes, avec un simple T-shirt de coton… j’adore, pas vous ?

Alors je vous propose une petite rétrospective à ma façon : observer l’héritage Yves Saint Laurent dans le travail de Stefano Pilati. Je ne suis pas sûre de tout voir… n’hésitez pas à m’aider !

Sa première collection, l’été 2005, en totale rupture avec le style Tom Ford, connaît un accueil mitigé. Pour le Time et le groupe Gucci, c’est la consternation ; pour Vogue, c’est une réussite. Cette robe plumetis en soie a même fait la couverture de ce dernier :

© Vogue

C’est le retour aux origines, à l’élégance rétro, oscillant entre les fifties et les eighties, avec les robes ceinturées taille haute emblématiques du style YSL :

© Vogue

L’hiver 2005 marque le retour à l’austérité : on a beau reconnaître la rigueur et la perfection des coupes YSL - et notamment la taille ceinturée haute -, l’inspiration ecclésiastique me paraît bien triste et éloignée de l’héritage du grand couturier…

© Vogue

Au contraire, la collection été 2006 est somptueuse : Pilati réussit la prouesse d’insuffler son esprit créatif à la collection tout en respectant les codes maison. On retrouve ses pièces maîtresses : les tailles sont hautes sur les jupes boule ou crayon, tout comme sur les fameux pantalons de tailleur ; et les robes du soir, extrêmement travaillées, rappellent la grande époque.

© Vogue

Et le nœud - présent de façon récurrente chez Pilati comme chez YSL -, il ne vous rappelle rien ?

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Avec ses coupes géométriques et ses incrustations dorées, la collection hiver 2006 s’inspire fortement des arts décoratifs, et les références à Klimt ne sont pas sans rappeler l’influence des grands artistes - Picasso, Braque, Mondrian, Matisse, Warhol… - sur les collections du grand maître. Tandis que la décontraction chic de certains looks ne sont pas sans rappeler le classicisme simple et fluide, presque casual, qu’il a mis à l’honneur dès ses débuts. Quant au nœud, il est maintenant dispatché sur toute la silhouette ou version big size autour du cou :

© Vogue

Mais c’est la collection été 2007 qui marque véritablement le retour au style YSL. Les hommages au couturier abondent : turban, béret, veste saharienne, pantalon sarouel, smoking, myriades de fleurs… Le tour de force de Pilati a été d’avoir su réinterpréter de façon moderne et actuelle les grands classiques de la maison.

Le smoking

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

La saharienne

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Le pantalon sarouel

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Le béret style Kangol

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

La robe de soirée agrémentée de fleurs

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

La collection hiver 2007 est stricte est implacable : tonalités grises et noires, épais draps de laine, coupes masculines, c’est le retour à un tailoring net et structuré digne du grand maître, dont les discrètes touches de fantaisie ponctuent néanmoins, ça et là, quelques silhouettes…

Le manteau oversize à double boutonnage

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Une touche de féminité sur le col de la veste de smoking

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

La cagoule

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Pourtant, c’est la collection de cet été que je préfère. Pourquoi ? C’est pour moi l’incarnation même de ce qu’on appelle le “cool réactionnaire”, ce mélange de rigueur formelle et d’audace contemporaine que Pilati résume en quelques mots: “La provocation aujourd’hui c’est d’être classique”.

Le pantalon de tailleur se porte désormais façon casual

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Tout comme le jumpsuit, un classique de la maison

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Et le tailleur féminin, toujours taille haute, se modernise

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

Pour l’hiver prochain, Pilati nous donne à voir un tailoring nettement plus futuriste, mais tout en restant fidèle, toujours, aux codes YSL :

© Vogue et Fondation Pierre Bergé

 

“Aujourd’hui, je m’applique à poursuivre l’écriture de son histoire en trouvant un juste équilibre entre ses valeurs initiales et la modernité. Je ne veux pas lui faire violence, je suis respectueux de son passé, mais je dois néanmoins parvenir à m’exprimer. À la différence de mes prédécesseurs, ma seule référence dans ces murs est le style de Monsieur Saint Laurent”, explique Stephano Pilati.

Conclusion, Yves Saint Laurent n’est pas mort. Ou plutôt, comme le veut l’adage, “Yves Saint Laurent est mort, vive Yves Saint Laurent !”

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8 Responses to “YVES SAINT LAURENT N’EST PAS MORT”

  1. Gaëlle Says:

    Excellente analyse… Aucun regret d’être passée de l’ère Tom Ford à l’ère Pilati :-)

  2. rosemary Says:

    On tourne la page, mais la certitude, c’est que YSL ne sortira jamais du livre de la mode, parce qu’il en a écrit une grande partie … YSL a déclaré que la seule et unique personne qui comprenait son style et pouvait lui succéder était Albert Elbaz, qui a été rapidement évincé de ce poste par la direction, complètement étrangère et imperméable aux avis d”YSL.
    J’ai vu sur que le documentaire interdit d’ysl était édité aux us en dvd, est-ce que tu l’aurai vu ? Je suis curieuse …

  3. Bloc-Mode » Blog Archive » AGNÈS B À LA GRANDE BRADERIE DE LA MODE Says:

    […] Bloc-ModeLa mode n’est pas une aliénation, c’est une culture « YVES SAINT LAURENT N’EST PAS MORT […]

  4. Julie Perello Says:

    Gaêlle : Je pense que Tom Ford ne laisse jamais un grand regret :) Je me souviens également, quand j’ai travaillé pour la marque Boucheron, que celle-ci a également été très perturbé par l’ère Gucci
    Rosemary : non je ne l’ai pas vu… mais de quel documentaire s’agit-il ?

  5. Pedro Del Guacamole Says:

    super article, le choix des photos est excellent. On sent que tu as du y passer du temps… le meilleur papier sur YSL depuis son décès.

  6. rosemary Says:

    @Julie,
    Un documentaire très controversé qui mettait en scène un YSL loin d’être en forme. Il est distribué par Wellspring, une boite qui distribue aussi les films de Desplechin aux US. Je vais essayer de te retrouver un lien … Ce doc (co-produit par Arte de mémoire) n’a jamais été projeté en France. Il a été fortement désapprouvé car l’image d’YSL était plus que polémique, rapport à sa santé.

  7. rosemary Says:

    Précision:
    Interdit de diffusion en France (P. Bergé bloque les droits d’images): le documentaire est “Célébration” (2001) du Français Olivier Meyrou (…)
    Il y a une légère confusion avec le film de David Teboul …

  8. Julie Perello Says:

    Merci Rosemary pour tes infos !

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